Cultures institutionnelles, cultures des familles : alliance, ou malentendu ?

Derpad - 23-24 avril 2007, Paris

Les intervenants du champ médico-social auprès des enfants et adolescents en difficulté savent que les enfants de migrants constituent une part importante de la population concernée. De cette réalité, générant parfois incompréhension et sentiment d'impuissance, la question culturelle surgit, mais aussi la tentation d'y répondre comme à un phénomène sociologiquement limité et concernant les seuls migrants.

Le premier mérite des intervenants du colloque organisé par le DERPAD sur le thème "Culture des institutions, culture des familles : alliance ou malentendu ?" aura été, dans un paradoxe apparent, à la fois de considérablement élargir l'horizon de cette question, mais aussi de la porter au plus intime de chacun.

La multiplication des groupes d'appartenance et des modèles identificatoires, la formidable explosion des moyens d'information et des possibilités de contact, concernent en effet chacun de nous tout autant, et parfois plus, que des populations migrantes que leur situation particulière peut amener à un repli sur des modèles éducatifs et de pensée hérités de leur histoire, alors même que des transformations, qui leur restent inaccessibles, s'opèrent dans leur pays d'origine.

On comprendra bien sûr qu'il ne se sera pas agi ici de courir de l'obstacle culturel insurmontable à une pensée du multiple et de l'hétérogénéité trop vite hypostasiée. D'une part parce que, au plan social, les phénomènes d'identification au plus proche - que l'on songe à ce que sont la bande, le quartier ou la cité pour certains jeunes - voisinent volontiers avec des emprunts plus larges, d'autre part parce que, au plan professionnel cette fois, la culture institutionnelle de chaque intervenant, au-delà de ses présupposés culturels propres, constitue le plus souvent un cadre de référence d'autant plus consistant qu'il est partagé.

Soin psychique et protection de l'enfance s'appuient en effet sur un ensemble de représentations sur ce qu'est un enfant en danger, sur ce qu'est la maltraitance, sur ce que sont les moyens adaptés d'y répondre, sur ce que sont ou devraient être les liens parents-enfants.

D'instruments d'accueil et de compréhension qu'elles devraient être, et qu'elles sont bien souvent, utilisées dans un souci d'ouverture, on apprendra ici que ces représentations peuvent aussi, dans certains cas, contribuer à altérer la perception d'un positionnement subjectif, comme à perpétuer abusivement une différence, voire à la produire, faisant oublier chez l'autre capacité d'évolution ou créativité culturelle en réponse à un statut imposé.

En réaction à ces risques de méconnaissance, comme à ceux d'assignation d'un groupe à une culture, pouvons-nous formuler le voeu que ces deux journées de colloque aient contribué à tourner nos auditeurs, aujourd'hui lecteurs, vers la figure de cet Autre que chaque homme est pour nous, et que nous sommes pour lui.

L'exigence éthique seule en effet, parait en mesure de fonder une approche des phénomènes culturels débarrassée du naturalisme ethnologique, comme de conférer une efficacité véritable à des initiatives qui sans elle ne sauraient relever que d'une technicisation du social.

Les articles suivants feront peut-être l'objet d'une publication. Nous vous tiendrons informés via le bulletin Rézo.